Démarche

La photographie est au coeur de ma démarche, le point de gravité autour duquel convergent mes réflexions, ce qui m’importe sont les enjeux de sa réception : le passage entre l’image saisie, son devenir d’objet, le regard du spectateur et son interprétation.

Je travaille avec un des premiers mécanismes interprétatifs de l’image photographique soit la reconnaissance d’un élément du réel. Celle qui détermine l’accès aux images, la croyance en sa véracité et le point de vue du spectateur sur le travail de l’artiste.

Par l’absence ou bien le décentrement de la ligne d’horizon, je viens appeler différents repères chez celui qui regarde, soumettre une possibilité autre : celle d’un paysage à partir d’un objet, d’une surface graphique en deux dimensions à partir d’une architecture…

Les personnages présents dans mes photographies, souvent de dos, me permettent, à la manière du peintre Caspar David Friedrich, de faire entrer le spectateur à l’intérieur de la représentation, un corps parfois simplement indice d’une mesure d’échelle.

Les titres sont une forme de transformation appliquée à l’image, je viens tantôt citer le lieu de prise de vue rappelant un contexte, une situation géopolitique, tantôt je détourne la référence par le biais de la métaphore, laissant ainsi le spectateur dans le doute face à la pertinence de ses propres déductions.

Les matériaux ou structures choisies servent de support à la photographie autant qu’ils en accompagnent son signifiant. Je considère le dispositif comme un potentiel prolongement de l’image.

La présence de visages ou de corps permet d’amorcer une réflexion sur l’Histoire et notre contemporain comme prenant corps dans un agencement d’histoires singulières et subjectives. Cette proximité, cette suggestion de la relation affective au sein du corpus photographique soumet l’hypothèse que l’observation d’une réalité extérieure à soi est aveugle et lacunaire, tant qu’elle n’est pas incarnée. Elle suppose ainsi que toute position critique devant l’image, relève plus du phénomène de désir que du principe d’objectivité. Ce travail tend à proposer un espace critique où la photographie a déplacé sa fonction informative pour toucher aux dimensions singulières et politiques du regard.

Ma pratique explore donc différents paramètres propres à la monstration d’une image photographique : son échelle, sa mise en espace, la légende qui l’accompagne, les sources divulguées ou passées sous silence…

Autant d’éléments qui viennent bousculer ce que j’appelle le malentendu photographique, autrement dit, la validité accordée à l’image-source, à l’image-témoin devant l’événement.